Hommage à Théodore Fraenkel

 

Ce jeudi 2 décembre 2021, à 10h, a eu lieu à Paris, 11 rue Taylor, dans le 10 ème
arrondissement, le dévoilement de la plaque consacrée à Théodore Fraenkel par la Mairie de Paris et celle de l’arrondissement.
Il faisait frisquet, le soleil brillait vif, et rue Taylor l’accueil avait été soigneusement préparé : habillage floral, chaises pour les spectateurs, estrade, micros pour les intervenants.
Alexandra Cordebard, maire de l’arrondissement a ouvert la cérémonie en évoquant en détail le parcours de vie de Théodore Fraenkel.
Puis, Jacques Fraenkel, le neveu de Théodore, a apporté un témoignage concis et vibrant sur son oncle auquel il était profondément attaché.
Gérard Guégan a pris ensuite la parole. Auteur du livre récemment paru Fraenkel, un éclair dans la nuit, il a exposé les raisons de son attachement à Théodore ainsi qu’à son proche témoin Jacques.
Enfin, Madame Laurence Patrice, représentant la Mairie de Paris, a mis en valeur dans son intervention le côté humain de Théodore Fraenkel, et le rôle des femmes dans sa vie, en particulier l’importance de Bianca, sa première épouse, l’une des quatre sœurs Maklès, avec Simone, Rose et Sylvia qui toutes eurent des destins dignes d’intérêt.
La plaque a été ensuite dévoilée, et la cérémonie achevée.

 

                          Les Amis de Robert Desnos
 

             

Vient de paraître le dernier numéro de l'Étoile de Mer 

           L’Étoile de mer de 2020 est consacrée à la publication de 46 lettres inédites,
correspondance échangée en 1923 entre Jean Carrive, alors lycéen à Bordeaux, et le
groupe parisien de Littérature. Le jeune homme aspire à « faire du surréalisme ».
Breton lui fait bon accueil mais avec quelque réserve, Desnos lui prodigue généreusement
ses conseils. Avec une fougue juvénile, l’impétrant se fait pressant. En 1924 il aura partie
gagnée. Il figure dans le Manifeste du surréalisme parmi ceux qui ont fait « acte de surréalisme
absolu » et Aragon précise dans Une vague de rêves : « Jean Carrive, le plus jeune surréaliste
connu, est surtout remarquable par un magnifique sens de la révolte. » 

           La correspondance inédite que nous publions saisit sur le vif et dans le quotidien ce que
furent ces premiers mois d’une initiation au surréalisme.  Le lecteur soucieux de déchiffrer le
dessin surmonté du mot  « Transatlantique » pourra se reporter à la rubrique Inédits sur Robert
Desnos, ou en cliquant sur
ce lien.

Pour commander:
Association des Amis de Robert Desnos,
11 rue des Saints Pères,
75006 Paris.
Prix de vente 12€

 

***

Introuvable alligator

 

Ne cherchez plus l’alligator dans la dernière édition (2020) des Chantefables et Chantefleurs. Il a disparu, précipité dans les flots de la rivière boueuse des censeurs aussi menaçants qu’anonymes, emportant avec lui l’enfant objet de la vindicte et que Robert désigna comme « négrillon ». Si ce vocable peut paraître aujourd’hui pour le moins malencontreux, il n’était pas infamant en 1943 lorsque Robert l’écrivit, noir sur blanc. 

Si injure il y a, c’est plutôt de laisser croire que Robert eut la moindre complaisance pour le racisme. Sa vie et son œuvre en témoignent, il le combattit  toute sa vie…  et en mourut.

Prenez garde, mesdames et messieurs les censeurs et autres contempteurs car malgré vos menaces, l’alligator, pour qui toutes chairs sont égales,  pourrait vous dévorer.

 

Les Amis de Robert Desnos

 

 

desnos%20cd%20maze%20019_edited.jpg
Capture d’écran 2021-02-05 à 19.39.04.

Parutions

 

 

 

 

Présence de Robert Desnos  dans Après les cendres de Benoît Damon,

Éditions Héros-Limite, 2021

 

 

                     Dans le bref récit autobiographique que Benoît Damon consacre à revisiter ses souvenirs d’enfance, Robert Desnos fait une entrée surprenante – dès le deuxième chapitre. Cela commence par une « trouvaille » du narrateur qui se promène dans les Grands Bois et ramasse un « détritus », « une baudruche tombée du ciel » – qui porte, attaché à une ficelle, « un morceau de bristol » sur lequel figure un poème de Robert Desnos Le Léopard, avec un dessin enfantin. Par quel hasard objectif cet étrange déchet a-t-il échoué dans cette forêt, que hantent le renard et le chevreuil ? Une vraie rencontre surréaliste comme Desnos les aimait ?

                     Une explication vient ensuite : ce ballon-poème, nous dit-on, s’est envolé d’une école de Vaulx-en-Velin, à l’occasion du Printemps des poètes. En rêveur inspiré, l’auteur imagine les péripéties du voyage aérien accompli par l’objet trouvé pour conclure : « Ainsi, après avoir été écrit à l’intention des enfants, qui eux-mêmes l’auront recopié pour l’adresser à l’Inconnu, Le Léopard est parvenu à bon port. » En somme Benoît Damon se désigne comme le bon destinataire du poème, étant lui-même sur les traces de sa propre enfance.

                    

 

Le poète des Chantefables revient une dernière fois dans le récit par le biais d’une notice biographique précisément documentée, ainsi introduite : « Années quarante : Robert Desnos rejoint la Résistance ». Suit une énumération de faits avérés, parmi lesquels les circonstances de sa mort à Terezin, le rapatriement de  ses cendres de Prague à Paris par avion, la célébration de la messe des morts à Saint-Germain-des-Prés, pour finir par le dépôt de l’urne dans le caveau de famille au cimetière Montparnasse. Les rêveries précédentes ont désormais fait place au constat des faits.

                     Quel rôle attribuer à ces trois apparitions de Desnos dans le récit de Benoît Damon ? Sans doute celui d’un hommage au poète, entre humour et souci de vérité. On peut s’étonner de l’absence du  « dernier poème » dans sa notice biographique. Ce texte  n’est qu’à demi l’œuvre de Desnos, puisqu’il est issu  d’un poème « J’ai tant rêvé de toi », qu’il avait dédié en 1926 « À la mystérieuse », et qui s’est transformé en 1945, suite aux aléas de diverses traductions, en « J’ai rêvé tellement fort de toi ». Censé avoir été écrit au camp de déportation, le « dernier poème » est alors devenu la voix de tous les déportés.  

                     Ce mythe qui prit force de réalité historique aurait-il trouvé ainsi ses bons destinataires ? À cette question implicite Benoît Damon répond de façon indirecte, par le truchement du ballon-poème, qui, porté par le caprice des vents finit par atteindre sa juste cible, c’est-à-dire l’auteur lui-même. Dans les deux cas, le poème est reçu par un destinataire imprévu que les circonstances ont suscité. À cette différence près que le Léopard vole du groupe des enfants vers le narrateur solitaire, tandis que le dernier poème est investi par la voix collective qui s’en empare. Ainsi, s’il est absent des références biographiques, le mythe du dernier s’est-il insinué de façon imaginaire et ludique dans la trame du récit.

                     Par ailleurs, qu’apportent au projet autobiographique de Benoît Damon les pages consacrées à Desnos ? Peut-être, sous l’apparence d’une digression occasionnelle, préfigurent-elles le mouvement par lequel le narrateur, d’abord subjugué par ses souvenirs d’enfance, finit par y retrouver la présence de son père, effacée de sa mémoire « après les cendres ».  « Dans le meilleur des cas, une vie à sa fin est une vie anéantie par sa propre loi, qui est naturellement la mort ». Cette sentence, qui s’inscrit dans la notice biographique consacrée à Desnos, semble valoir pleinement pour le destin du père retrouvé dans sa singularité. Vaut-elle  de la même manière pour Desnos, que l’imaginaire collectif arrache, après les cendres, à son destin propre pour en faire une figure de légende ?

                     Dans Après les cendres Benoît Damon  multiplie à plaisir les jeux de similitude et de différence entre ses divers récits. Un libre  échange s’établit entre fable et réalité, entre oubli et mémoire. C’est ainsi que l’on rencontre Robert Desnos sur les chemins retors et poétiques de l’auteur. On ne saurait que s’en réjouir.

 

                                                                                       Marie-Claire Dumas, Association des Amis de Robert Desnos

 

 

 

Promenade avec Robert Desnos,

 

CD audio de Cyril Dymny, Claire Bellamy et Jean-Louis Morais

Fraenkel, un éclair dans la nuit, de Gérard Guégan, éditions de l'Olivier
 

En 1915, étudiant en médecine, il est, comme son ami André Breton, mobilisé avec un an d’avance. Dès lors, il va continuellement flirter avec la mort sans jamais renoncer à son goût pour la liberté. Envoyé en Russie en 1917, il assiste de près à la Révolution. Il en rentre marqué pour la vie. Aussi le retrouve-t-on en janvier 1920 parmi les premiers dadaïstes parisiens et ensuite au sein du mouvement surréaliste. En août 1936, il participe à la bataille des Baléares. Quand la Seconde Guerre mondiale éclate, il se cache (il est Juif), puis il traverse à pied les Pyrénées avant de rejoindre l’escadrille Normandie-Niémen.

Cet homme, c’est Théodore Fraenkel. Oublié des livres d’Histoire, il aura connu Vaché et Aragon, Desnos et Tzara, le stalinisme et la guerre d’Algérie. Révolutionnaire dans l’âme, Fraenkel est aussi un amoureux passionné, tel un personnage de la Nouvelle Vague égaré dans un roman de Victor Serge. Interrogeant les derniers témoins, et consultant des archives inédites, Gérard Guégan a mené une minutieuse enquête. Dans cette biographie digne d’un roman d’aventures, il fait le portrait d’un homme au destin hors-normes.

Fondateur des Editions Champ Libre, artisan de la renaissance du Sagittaire, Gérard Guégan a publié une trentaine de livres. Citons: La Rage au cœur (1974), Sur le sentier de la guerre (1993), Markus Wolf avait une sœur, je l’ai aimée (1997) et Fontenoy ne reviendra plus (2011), prix Renaudot de l’essai. 19,00 €

Ce livre est l’occasion pour nous de rappeler la publication des Carnets de Théodore Fraenkel, 1916-1918, éditions des Cendres, 1990, ainsi que celle de Théodore Fraenkel, l’ami de Robert Desnos, Lettres et documents inédits (1917-1952), L’Etoile de mer, n°10, 2006.

 

image.jpeg
fraenkel.jpg
Cyril Dymny

press to zoom

press to zoom

press to zoom

press to zoom
1/3